Programme 1
Programme 1 : Assujetissements & Résistances queer
Michel Foucault a montré combien s’étaient instaurées, au cours de la modernité, des sociétés disciplinaires (dressage des corps, gestion de la vie, contrôle des naissances, population), décrivant les institutions psychiatriques qui établissent un catalogue des perversions, une découpe entre le normal et l’anormal et qui exerceraient alors une oppression sur nombre de sujets rétifs à cette découpe. Ces figures rebelles prirent, plus ou moins consciemment, en main leur résistance au système, faisant éclater ces découpes (tels, historiquement, les femmes, les homosexuels, les fous ou les intersexes (hermaphrodites) etc. et plus près de nous, les transgenres).
Nous reviendrons, à travers les différentes démarches retracées par les films de ce programme, sur les assujettissements éprouvés par les sujets et les possibles déliaisons qu’ils lui ont opposé, de façon parodique ou poétique, au sein des cinémas féministes et queer.
Dimanche 23 Octobre 2005 à partir de 19h à la Maison du Japon
en présence de Michka Gorki
RENDEZ VOUS ROMANTIQUES (1973) de Michka Gorki, film comique, met en scène de façon corrosive le système patriarcal des années 1970, où la prégnance du masculinisme et de l’hétérocentrisme engendrent une aliénation et une violence symbolique rendues palpables par la cinéaste qui rejoue la posture de la femme-objet, telle qu’elle est attendue, consentante, riche et belle. Du cinéma féministe où sont croquées relations consuméristes et injonctions faites aux femmes.
Le festival est ainsi l’occasion de revenir sur les films du féminisme historique, avec ces précieux témoignages que sont les œuvres de Michka Gorki, réalisatrice issue du féminisme militant des années 70.
FIST POWER (VERSION METAL), film coréalisé par Lionel Soukaz et Tom de Pekin.
Le pouvoir du poing. Tribulation argentique en super 8, au sein du monde queer parisien, pour capturer les images d’une résistance-clin d’œil, au poing levé, pleine de sous-entendus.
Cyborgs, Californie, politiques sexuelles, questions de genre, transformations corporelles composent les thématiques des autres films de ce programme.
1 –B Contre-cultures pornographiques
Jeudi 27 octobre 2005 à partir de 20h à l'Ecole Normale Supérieure, salle Dussane, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris
Cette soirée donnera lieu à une intervention, Contre-technologies du plaisir, par la philosophe Beatriz Preciado et à une table ronde avec certains des réalisateurs des films (Panik Qulture et Tom de Pékin), à l'issue des projections.
A propos du Contre-Zap du 27/10, veuillez cliquez ici.
Le cinéma de Bruce LaBruce mérite une place à part, à mettre en relation avec des codes propres à une subculture gay et punk émergeant dans les années 90 et donc avec tout un mouvement de réaction à la normalisation homosexuelle en même temps qu’à la société hétérocentrée dominante. LaBruce déconstruit la pornographie en tant que genre cinématographique et en tant que production de représentations normatives de la sexualité hétérosexuelle et aussi de la sexualité gay. Son cinéma est une révolte à travers l’ironie, la parodie, le détournement de ces représentations autant qu’à travers la production de nouveaux modèles de sexualité englobant des sujets proprement Queer, des sujets marginaux, inouïs, répulsifs aux yeux de la société. HUSTLER WHITE (coréalisé avec Rick Castro, en 1995) met en scène ces sujets parmi lesquels l’auteur/acteur s’inclue, avec ses contradictions, ses plaisirs déroutants, ses souffrances, ses provocations, qui ne peuvent que surprendre, voire dégoûter un public peu averti. Contre-culture, post-pornographie, mépris du conformisme, méfiance des effets stabilisants de l’identité : les films de Labruce sont une pratique Queer du cinéma qu’il est temps de visibiliser et commenter en France. (Violeta Salvatierra)
LA CULTURE HETERO, VOUS SAVEZ OU JE ME LA METS (2005), du groupe activiste culturel queer Panik Qulture, s’attaque de façon parodique dans un film essai, post-pornographique, à l’anthropologie qualifiée de sexiste et colonialiste de Lévi-Strauss.
HOW TO ASS EJACULATE (2005), dernier né de Panik Qulture, parodie du célèbre porno lesbien, How to female ejaculate, de Fanny Fatale, toujours dans le même credo de la blague culottée, serait peut-être aussi la marque, à travers l’hilarant américain « de l’avant-garde sexuelle » que performe Marcella Moustache, que les queers savent aussi rire d’eux-mêmes et qu’ils sont susceptibles de débouter d’une pirouette les effets de propagande, ou de doxa culturelle qui menacent aussi quelquefois de stratifier l’activisme Queer de l’intérieur.
Trois clips musicaux d’animation, de Tom de Pékin, réalisés en collaboration, GODE SAVE THE GOUINE (2002) (avec The Brain), DEVIL INSIDE (2004) (Jean-Gabriel Periot) et GENDER TROUBLE (2005), développent une pratique graphique pour un contre-usage ironique des imageries populaires.
Rendez-vous romantiques
Film comique : quand la femme-objet contre-attaque.
« Michka reçoit et filme à leur insu des hommes qui l’ont abordé dans la rue. Comment réagissent des hommes d’âge et de milieux différents, face à leur rêve : être reçu par une femme qui leur plaît, qui est riche et consentante. »
Fist Power (version métal)(2002) de Tom de Pékin et Lionel Soukaz – 4 min.
musique : The brain/Kerozen - vidéo, super 8 numérisé refilmé
Lionel Soukaz a suivi Tom de Pekin dans Paris, filmant sur un rythme enjoué une succession de portraits rapides au poing levé de l’entourage du graphiste.
Hustler White (1995) de Bruce Labruce et Rick Castro - 80 minutes
Tony Ward & Bruce LaBruce Photo: R. Castro
« Labruce en élégant mais ridicule écrivain anthropologue qui décide de voyager jusqu’à Los Angeles et se plonger dans l’univers de la prostitution gay et du milieu SM de Santa Monica Boulevard. Son incursion intellectuelle n’est qu’un prétexte à une histoire d’amour-passion pour un jeune hustler (gigolo) débordant de volupté masculine, de mystère et de danger, parfait objet de désir qui échappe toujours au réalisateur/narrateur/protagoniste et qui traverse deshistoires obscures - prostitution, vols, meurtres (?) L’histoire du beau Monti ne sera qu’une autre parmi les nombreux sujets, rencontres, étreintes, qui composent le portrait multiple de ce monde marginal et insoupçonné que Labruce ouvre à nos regards, avec son ironie omniprésente, dans une narration fragmentaire et entremêlée des plusieurs voix d’énonciation, collage de codes cinématographiques et sexuels. Ainsi, si on assiste avec lui au tournage d’un film porno (le film dans le film, le porno à travers le regard de l’auteur post), on verra aussi des scènes sexuelles entre SM de toutes sortes, un handicapé qui pénètre son partenaire avec sa jambe coupée, un jeune skin qui recherche un peu d’amour dans un cimetière et qui finit dans les bras inquiétants d’un drag sadique, un autre jeune homme qui se fait violer avec plaisir par une bande de noirs appartenant aux forces du Black Power… Les éléments qui construisent le Queer de Labruce sont autant dans ‘l’inversion de l’inversion’ (ironie des codes normatifs hétérocentrés mais aussi et surtout de la norme gay), ‘la différence dans la différence’ (dans l’exposition d’une multiplicité de désirs et des sujets à l’intérieur d’un monde gay qui tend à s’uniformiser de l’extérieur), l’assomption d’une sexualité qui s’étend à tout le corps et ailleurs, aux objets, fétiches, et qui n’a pas forcément besoin d’une efficacité orgasmique pour avoir sa raison d’être. » Texte : Violeta Salvatierra
La culture hétéro, vous savez où je me la mets (2005) de Panik Qulture - 6 minutes

Gode Save The Gouine (2002) de Tom de Pekin/The Brain (Pascal Vivant, Puyo Puyo) – 4 min. 30
Musique : The brain - Logiciel flash
« Face à la lutte des orientations sexuelles en mouvement comment mettre, se faire mettre sans se faire avoir. Petite fantaisie graphique musicale d’inspiration révolutionnaire chinoise. » Tom de Pékin
Musique : Flaming Pussy
« Révolution Queer et rock’n roll, animation graphique de tom de pekin sur des images d’archives de propagande. » Tom de Pékin
Gender Trouble (2005) de Tom de Pekin
Musique : Flaming Pussy
« Courir après son genre, combattre la normativité straight des hétéronormatifs comme des homonormatifs , un vrai cri de ralliement à la pensée queer. » Tom de Pékin
